
POEMAS EN FORMA DE CALLE
Traducción al fránces de Denise Peyroche
videopoemas presentados en Poétrie 2009: Voies et voix
Poème pour la nostalgie d'un ami
ou poèmes en forme de rues
Ce recueil poétique visuel est un acte de création en réponse à la requête d'un ami poète, Elías Mejía, qui, m'a écrit de Calarcá pour me demander d'aller voir des amis, ici, à Madrid où il a vécu il y a trente-cinq ans.
C'est avant tout un exercice de créativité, pour relier et mêler les rues désirées, les rues construites. Les rues que nous construisons en ce moment à Madrid et qu'Elías construisit il y a longtemps et qui pour lui sont maintenant des rues de nostalgie. Des rues que je partage maintenant avec vous et avec ma Pénélope de toujours.
Requête
Mes pas résonnent
dans le beau Madrid de mon passé,
ruisseau de diamant liquide qui coule
comme l' "Imprécation de l'homme du Kenya",
poème de Zalamea qui ne trébuche pas, ne lasse pas
depuis que je l'ai lu il y a trente-cinq ans,
et qui revient par la main de Santiago Mutis
dans l'Anthologie d'Omar Ortiz.
Carlos, en l'honneur du poème
qui ouvrit des sentiers à nos pas
je te prie à nouveau
de passer par la rue Preciados, au 25,
cinquième étage, gauche,, Madrid 13e,
et à la pension Teruel, qui j'espère, existe encore,
de chercher les Gómez Guillén.
S'il y en a, une accolade pour qui que ce soit d'entre eux.
Si non, tu me le dis
et j'efface d'un revers de main ce souvenir
du lieu où je vécus pendant dix-huit mois.
Il n'est pas difficile d'accomplir pour moi ce désir frustré.
Un salut à ta compagne
et une caresse à Borges.
Elías Mejías
(Et le brouillard qui fantomise les coins de rues)
Rues de nostalgie
Frémissement de peau
qui habite des mois
et des saisons précises
mémoire égrenée,
besoin de chaleur
pour l'image pâlie
qui conserve vivants
le temps et les sentiments.
Bruits de trains
et de pas et de bouches baisées,
dans les nombreuses
et vastes toponymies.
Princesses qui ont
des noms de rue
et de débrouille
qui ne chassent plus
de généreuses pésètes
mais de chiches Euros
Photo, carte postale, mémoire, souvenir.
braise qui ranime
donne chaleur et couleur
et lance aux coins des rues
au loin, très loin, sens et raisons !
Carlos Villegas
Rues de la rencontre manquée
Avec Eva Durán, poète de sels et de soleil
et avec Pénélope, tisserande de mes rêves,
complice de toujours,
nous repartons à la chasse aux nomenclatures,
à l'imprécise cartographie de rues et de fantômes.
À un coin quelconque de la Gran Vía
nous tombons sans le savoir sur
Amparito Guillén
qui ne t'a pas reconnu
sous ma barbe.
Notre âge à tous deux était sans doute différent.
Et il est presque probable qu'à la porte même
du métro Callao survive encore
comme un clochard socratique
l'Apollon au nom de danseur argentin
que tu honoras de tes premiers poèmes.
La fontaine
qui suscita à tes oreilles
les rues désirées
de Piaf et d'Aznavour
murmure avec prudence
la proverbiale sentence
d'Héraclite d'Éphèse
et sur les quais
quelqu'un vend
la chance illusoire
que n'eurent point tes souvenirs.
Mais, comme l'Ulysse que je suis,
je reviendrai aux silences,
aux sonnettes pressées inutilement,
dans ces dédales heureux
que quelque Borges, moqueur, imagine
comme des cieux circulaires.
Carlos Villegas
Rues de l'éternel retour
Nietzsche sourirait
de nos aventures.
Son ciel impossible
où tout recommence à tourner
depuis le début
jusqu'à rester statique ;
son désir messianique
de tuer Dieu
pour s'installer en prophète
d'une nouvelle religion,
se serait réalisé.
Moi, plus modeste,
si toutefois j'abritais une telle vertu,
je ne veux que laisser témoignage
du fait que nous nous sommes plongés
à nouveau dans des terres
où persiste l'espoir
avec un entêtement
de mauvaise herbe des chemins.
L'autre Borges
(Et le brouillard qui fantomise les coins de rues)
Une autre page d'Homère
Dans le métro de Madrid
une femme aux tétons bleus
me regarde du haut de son regard de ciel.
Mes pupilles qui louchent,
entremêlent et confondent
temps et distances
et aspirent à des retours essentiels,
auscultent son impalpable géographie
de vallées, de montagnes et de cavernes
où une flûte de Pan
consacre héros et siècles.
Une brusque embardée
et un mugissement de taureau bicorne
qui n'atteignent pas mon visage
bloquent la maladresse de mes mains aveugles.
Derrière la porte du wagon
disparaissent la femme et son parfum
et le territoire entrevu retourne
à l'obscurité de l'oubli.
Au milieu des escaliers mécaniques,
qui montent et descendent,
la fleurance bleue est un fil d'Ariane
que mon odorat suit avec la maîtrise d'un vieux lévrier,
mais entre les nœuds de la toile espagnole
qu'avec patience détisse Pénélope,
les notes d'une chanson citadine
me rendent la certitude d'un jour
qui instaure des histoires de dagues et de couteaux.
Maintenant que je sais qui je suis
une lumière étrange frappe mes yeux de lune.
Immobile face à l'ombre migrante
qui allonge des nostalgies de bandonéon,
je répète, en entier, prolixe comme Funes
à l'infinie mémoire, les vers
" Chante, oh déesse, la colère d'Achille le Pélide"
Et l'euro qui tinte sur la dalle
résonne amèrement en quelque lieu d'Ithaque
sous les sabots d'un minotaure.
ou poèmes en forme de rues
Ce recueil poétique visuel est un acte de création en réponse à la requête d'un ami poète, Elías Mejía, qui, m'a écrit de Calarcá pour me demander d'aller voir des amis, ici, à Madrid où il a vécu il y a trente-cinq ans.
C'est avant tout un exercice de créativité, pour relier et mêler les rues désirées, les rues construites. Les rues que nous construisons en ce moment à Madrid et qu'Elías construisit il y a longtemps et qui pour lui sont maintenant des rues de nostalgie. Des rues que je partage maintenant avec vous et avec ma Pénélope de toujours.
Requête
Mes pas résonnent
dans le beau Madrid de mon passé,
ruisseau de diamant liquide qui coule
comme l' "Imprécation de l'homme du Kenya",
poème de Zalamea qui ne trébuche pas, ne lasse pas
depuis que je l'ai lu il y a trente-cinq ans,
et qui revient par la main de Santiago Mutis
dans l'Anthologie d'Omar Ortiz.
Carlos, en l'honneur du poème
qui ouvrit des sentiers à nos pas
je te prie à nouveau
de passer par la rue Preciados, au 25,
cinquième étage, gauche,, Madrid 13e,
et à la pension Teruel, qui j'espère, existe encore,
de chercher les Gómez Guillén.
S'il y en a, une accolade pour qui que ce soit d'entre eux.
Si non, tu me le dis
et j'efface d'un revers de main ce souvenir
du lieu où je vécus pendant dix-huit mois.
Il n'est pas difficile d'accomplir pour moi ce désir frustré.
Un salut à ta compagne
et une caresse à Borges.
Elías Mejías
(Et le brouillard qui fantomise les coins de rues)
Rues de nostalgie
Frémissement de peau
qui habite des mois
et des saisons précises
mémoire égrenée,
besoin de chaleur
pour l'image pâlie
qui conserve vivants
le temps et les sentiments.
Bruits de trains
et de pas et de bouches baisées,
dans les nombreuses
et vastes toponymies.
Princesses qui ont
des noms de rue
et de débrouille
qui ne chassent plus
de généreuses pésètes
mais de chiches Euros
Photo, carte postale, mémoire, souvenir.
braise qui ranime
donne chaleur et couleur
et lance aux coins des rues
au loin, très loin, sens et raisons !
Carlos Villegas
Rues de la rencontre manquée
Avec Eva Durán, poète de sels et de soleil
et avec Pénélope, tisserande de mes rêves,
complice de toujours,
nous repartons à la chasse aux nomenclatures,
à l'imprécise cartographie de rues et de fantômes.
À un coin quelconque de la Gran Vía
nous tombons sans le savoir sur
Amparito Guillén
qui ne t'a pas reconnu
sous ma barbe.
Notre âge à tous deux était sans doute différent.
Et il est presque probable qu'à la porte même
du métro Callao survive encore
comme un clochard socratique
l'Apollon au nom de danseur argentin
que tu honoras de tes premiers poèmes.
La fontaine
qui suscita à tes oreilles
les rues désirées
de Piaf et d'Aznavour
murmure avec prudence
la proverbiale sentence
d'Héraclite d'Éphèse
et sur les quais
quelqu'un vend
la chance illusoire
que n'eurent point tes souvenirs.
Mais, comme l'Ulysse que je suis,
je reviendrai aux silences,
aux sonnettes pressées inutilement,
dans ces dédales heureux
que quelque Borges, moqueur, imagine
comme des cieux circulaires.
Carlos Villegas
Rues de l'éternel retour
Nietzsche sourirait
de nos aventures.
Son ciel impossible
où tout recommence à tourner
depuis le début
jusqu'à rester statique ;
son désir messianique
de tuer Dieu
pour s'installer en prophète
d'une nouvelle religion,
se serait réalisé.
Moi, plus modeste,
si toutefois j'abritais une telle vertu,
je ne veux que laisser témoignage
du fait que nous nous sommes plongés
à nouveau dans des terres
où persiste l'espoir
avec un entêtement
de mauvaise herbe des chemins.
L'autre Borges
(Et le brouillard qui fantomise les coins de rues)
Une autre page d'Homère
Dans le métro de Madrid
une femme aux tétons bleus
me regarde du haut de son regard de ciel.
Mes pupilles qui louchent,
entremêlent et confondent
temps et distances
et aspirent à des retours essentiels,
auscultent son impalpable géographie
de vallées, de montagnes et de cavernes
où une flûte de Pan
consacre héros et siècles.
Une brusque embardée
et un mugissement de taureau bicorne
qui n'atteignent pas mon visage
bloquent la maladresse de mes mains aveugles.
Derrière la porte du wagon
disparaissent la femme et son parfum
et le territoire entrevu retourne
à l'obscurité de l'oubli.
Au milieu des escaliers mécaniques,
qui montent et descendent,
la fleurance bleue est un fil d'Ariane
que mon odorat suit avec la maîtrise d'un vieux lévrier,
mais entre les nœuds de la toile espagnole
qu'avec patience détisse Pénélope,
les notes d'une chanson citadine
me rendent la certitude d'un jour
qui instaure des histoires de dagues et de couteaux.
Maintenant que je sais qui je suis
une lumière étrange frappe mes yeux de lune.
Immobile face à l'ombre migrante
qui allonge des nostalgies de bandonéon,
je répète, en entier, prolixe comme Funes
à l'infinie mémoire, les vers
" Chante, oh déesse, la colère d'Achille le Pélide"
Et l'euro qui tinte sur la dalle
résonne amèrement en quelque lieu d'Ithaque
sous les sabots d'un minotaure.
Carlos Villegas
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